Bilan Vendée Globe 2012-2013
Bilan Vendée Globe 2012-2013 : Des retombées jamais atteintesAlors que la cérémonie de remise des prix approche (le 11 mai aux Sables d’Olonne en présence de tous les skippers) et clôturera magnifiquement ce Vendée Globe 2012-2013, la 7e édition du tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance a généré des retombées jamais atteintes. Bruno Retailleau, président de la SAEM Vendée, les a présentées lundi après-midi au cours d’une conférence de presse organisée à l’Hôtel du Département de La Roche-sur-Yon.
DES RECORDS EN MER ET SUR TERRE
Exceptionnel d’intensité, ce Vendée Globe 2012-2013 a généré des records aussi bien en mer que sur terre. Après 78 jours, 2 heures et 16 minutes de navigation, François Gabart a notamment brisé pour la première fois la barre mythique des 80 jours, imité trois heures plus tard par Armel Le Cléac’h pour le plus faible écart de l’histoire entre les deux premiers. Avant de boucler cette circumnavigation en un temps record, les deux skippers avaient amélioré différentes marques : le record de la distance parcourue en 24 heures (534 milles) ainsi que les chronos Sables d’Olonne-Cap Leeuwin et Sables d’Olonne-Cap Horn pour Gabart ; le chrono Sables d’Olonne-Bonne Espérance pour Le Cléac’h. Arrivé onzième 26 jours seulement après le skipper de Macif, Alessandro Di Benedetto, lui, a « amélioré » l’écart entre le vainqueur et le dernier de la flotte (34 jours entre Auguin et Chabaud en 1997).
A terre, l’engouement du public n’a jamais été aussi fort qu’au cours de ce 7e opus du Vendée Globe. Pendant trois semaines, le village départ des Sables d’Olonne a attiré un million de visiteurs et ils étaient 300 000 à se rassembler dans le port vendéen le 10 novembre pour assister au départ des vingt solitaires ! Pendant la course, 25 000 personnes ont visité le PC Course installé à Paris Montparnasse. Le jour de l’arrivée des deux premiers, le 27 janvier, 150 000 spectateurs ont envahi Port-Olona. Au total, 300 000 personnes sont venues accueillir les marins de retour en Vendée. En ajoutant 175 000 visiteurs sur le village arrivée entre le 25 janvier et le 10 février, le Vendée Globe a captivé un public total de 1,8 million de personnes !
UN IMPACT MEDIATIQUE EXCEPTIONNEL
Grâce notamment à 14 000 articles de presse, 12 500 sujets radio et 31 000 reportages télé (290 heures), le Vendée Globe a généré un bruit médiatique impressionnant. Ainsi, selon Kantar Sport, l’épreuve a enregistré 6000 UBM (Unité de Bruit Médiatique) entre novembre 2012 et février 2013, un chiffre qui signifie que chaque Français a été potentiellement atteint par 60 sujets médiatiques ayant trait au Vendée Globe. C’est plus que le Tour de France (4200 UBM) et Roland-Garros (2500 UBM) !
La valorisation brute de l’équivalent publicitaire de toutes ces retombées s’élève à ce jour à 180 millions d’euros pour le seul territoire français.
EXPLOSION DES SUPPORTS DIGITAUX
Malgré une course moins longue et un nombre de bateaux moins élevé, le site Internet a battu tous les chiffres de la précédente édition : 53M de visites, 286M de pages vues (ce chiffre inclut l’appli mobile) contre 213 en 2008-2009, 9,3M de visiteurs uniques, 30M de vidéos vues (16M en 2009), 4,2M de connexions pour les différents directs (départ, arrivées, lives quotidiens)…
L’application mobile - longtemps à la première place de l’App Store parmi les applications gratuites - a été téléchargée 300 000 fois sur iPhone, iPad ou Android et a généré 26% du total des 286 millions de pages vues.
77 000 fans ont suivi la course sur la page Facebook de l’épreuve et 19 000 followers en ont fait de même sur Twitter où le Vendée Globe a été « trending topic » (sujet le plus twitté en France) lors de la conférence de presse de la Mutualité fin septembre, ainsi que les jours du départ et de l’arrivée du vainqueur.
Du côté de la régate virtuelle, 486 000 joueurs se sont lancés dans le tour du monde, soit 45% de hausse par rapport à 2008-2009 (335 000).
UNE DIFFUSION INTERNATIONALE EN HAUSSE
65 diffuseurs et 4 agences news ont émis les images du Vendée Globe dans plus de 190 pays, soit 2,3 milliards de foyers atteints ! Au total, avec l’étranger, le Vendée Globe aura généré 738 heures de télévision.
UNE CEREMONIE DE REMISE DES PRIX POUR CLORE CETTE 7E EDITION EN APOTHEOSE
Pour célébrer ce magnifique Vendée Globe 2012-2013 et saluer une dernière fois ses principaux acteurs - les skippers - les organisateurs de l’épreuve ont souhaité mettre en place un événement largement tourné vers le public et sans exclusivité. Ainsi, pour la 4e fois, la cérémonie de remise des prix aura lieu le 11 mai prochain, à partir de 22h00, sur la plage des Sables d’Olonne en présence de tous les skippers.
Environ 100 000 personnes sont attendues pour rendre hommage aux skippers et assister au spectacle d’1h30 mis en place pour l’occasion. Les plus belles images et un film rétrospectif de la course d’une durée de 15 minutes seront visibles sur écrans géants. Et, pour la première fois, des images du film « En solitaire » (sortie en novembre 2013) seront présentées en présence de l’acteur principal, François Cluzet.
La soirée s’achèvera par un grand feu d’artifice d’une dizaine de minutes.
Rendez-vous le 11 mai aux Sables d’Olonne !
Bilan 2012 : évoluer sans perdre son âme
Alors que la remise des prix, le 11 mai aux Sables d’Olonne, se profile et que la Classe IMOCA a pris ses premières dispositions, l’occasion se présente de faire un premier bilan à froid d’une édition qui aura marqué les esprits, tant par l’intensité de la course que par le retentissement qu’elle a pu avoir.
Les abandons
Avec un taux de 55% de la flotte ayant bouclé son tour du monde, ce Vendée Globe 2012-2013 se situe dans la moyenne de réussite des précédents. Ce bon pourcentage est toutefois à pondérer au regard des conditions dans les mers du Sud, beaucoup plus clémentes que la dernière fois. D’autre part, la fiabilité des bateaux semble avoir progressé puisque sur les sept abandons, trois furent consécutifs à des fortunes de mer indépendantes du matériel (Kito de Pavant, Louis Burton et Vincent Riou). Seul point noir : les quilles.
Avec quatre bateaux victimes d’avarie (Marc Guillemot, Jérémy Beyou, Javier Sansó et Jean-Pierre Dick), engager une réflexion de fond sur cet appendice se révèlait indispensable. Car si la nature d’un compétiteur est de toujours essayer d’aller à la limite de ce qu’impose le règlement, en ayant des voiles de quilles les plus fins et légers possibles - pour laisser le maximum du poids dans le bulbe - une telle configuration fragilise indéniablement la structure. Evidemment, la « faute à pas de chance » a également joué son rôle dans cette hécatombe : la quille en titane de Safran - qui devait être révolutionnaire - ni celle de Virbac-Paprec 3 - qui avait déjà parcouru grand nombre de milles sans encombre - ne présentait quelque indice d’usure. Il reste que l’IMOCA a tranché en assemblée générale : désormais, les quilles seront identiques, usinées en acier forgé. De même, les mâts deviennent aussi standard avec le choix pour le skipper entre gréements classique ou thonier.
Une édition marquante
La bagarre que se sont livrés François Gabart et Armel Le Cléac’h restera à coup sûr dans les annales de cette édition 2012. Jamais un tandem n’était parvenu à tenir un tel rythme en tête de course. Auparavant, l’usage était de s’échapper en tête et de creuser l’écart au fur et à mesure de la course, jusqu’à disposer d’une avance impossible à rattraper. Cette année, la victoire s’est jouée sur UNE option stratégique au large de l’Amérique du Sud.
Si on a souvent parlé de rupture dans la nature du Vendée Globe, devenu régate plus qu’aventure, le changement s’est finalement davantage opéré dans le rythme de la course que véritablement dans l’état d’esprit des marins. Les précédents vainqueurs partirent, eux aussi, avec l’intention de gagner. En mettant tous les moyens de leur côté, comme Titouan Lamazou qui n’avait pas hésité à changer sa grand-voile au cap Horn et à se débarrasser de l’ancienne dans les eaux du Pacifique. Les premiers ont donc toujours navigué dans l’objectif de la gagne. Seule l’intensité de la bagarre a changé, le profil des marins, lui, n’a finalement pas tellement évolué. A noter qu’Alain Gautier, vainqueur à 30 ans et fou de vitesse, n’était pas non plus du type « vieux loup de mer ».
En réalité, si les marins de 2013 ne semblent plus issus du même moule que ceux d’il y a vingt ans, c’est qu’ils correspondent à l’évolution de la société et de la voile en général. La préparation en amont est aujourd’hui beaucoup plus codifiée, avec une véritable répartition des tâches entre skipper et équipe technique. Les coureurs définissent leurs consignes puis se mettent dans la peau d’un performeur, en passant un maximum de temps à bord et en se concentrant sur leur préparation physique, afin d’être au top de leur niveau et de faire avancer leur bateau le plus vite possible. C’est donc le regard du skipper qui a changé, en faisant confiance à son équipe plutôt que de tout prendre en charge. Vincent Lauriot-Prévost, architecte naval concepteur avec Guillaume Verdier de MACIF et Banque Populaire, n’est d’ailleurs pas étonné des vitesses atteintes par les bateaux, mais surpris en revanche par la capacité des deux leaders à les mener au-delà de 85% de leur potentiel. Et ce, du début jusqu’à la fin de la course.
Ce Vendée Globe possède par ailleurs un caractère atypique car, à la différence des autres éditions, l’Océan Atlantique a fait payer le plus lourd tribut à la casse, et non l’Idien et le Pacifique. En effet, à part Bernard Stamm (qui a tout de même fini), tous les autres concurrents sont passés sans encombre dans le Sud.
Mais si ce fabuleux duel a contribué à la beauté de ce « Vendée », il a parfois quelque peu occulté le parcours du reste de la flotte. En se référant aux temps de 2008-2009, tous les concurrents jusqu’à Bertrand de Broc seraient sur le podium. En nuançant ce constat par le fait que les conditions météos ne furent pas les mêmes, il est indéniable que le niveau de préparation a encore monté d’un cran.
De la même façon, la performance d’Alex Thomson est presque passée inaperçue. Le Britannique a tout de même terminé 3e sur un bateau datant de 2007, et serait lui aussi descendu sous la barre des 80 jours s’il ne s’était dérouté pour rester auprès de Jean-Pierre Dick. Sa prouesse est ainsi remarquable puisqu’il bat le temps de référence de Michel Desjoyeaux avec un bateau de même génération que lui.
Le début d’une nouvelle ère
A noter également que cette septième édition du Vendée Globe a atteint d’autres records, d’ordre médiatique. Si cette forte exposition a contribué à faire découvrir la voile à un plus large public, certains ont regretté que les obligations des premiers arrivés les aient empêchés d’être présents pour accueillir les autres participants. Pour les prochaines éditions, ce sera un des défis de veiller à concilier une médiatisation de plus en plus forte et une nécessaire humanité.
Les décisions du jury international ont soulevé des polémiques pas forcément toujours totalement pertinentes. Car compte tenu du règlement existant, les décisions du jury étaient absolument justes. Mais les effets de l’évolution des technologies peuvent être pervers : aujourd’hui, les skippers peuvent appeler leur team pour n’importe quel problème technique afin d’avoir l’ensemble des solutions pour le résoudre, alors que dans un même temps, s’amarrer à un bateau est susceptible de disqualification. Un déséquilibre s’installe alors, incompréhensible pour le grand public. Faire évoluer la réglementation devrait aussi être un des chantiers à venir pour l’édition 2016-2017.
Il reste que la magie du Vendée Globe fonctionne aussi autour d’un concept d’une lisibilité exemplaire : un navigateur solitaire, autour du monde, sans escale, sans assistance. Ces fondamentaux ne bougeront pas car c’est de cette idée toute simple qu’est née et que perdure la légende de la course.
Aurélia Mouraud & PF Bonneau